

Le train fend l'air à très grande vitesse emportant ses voyageurs. Tel le saphir d'un tourne disque posé sur un sillon, il opère une lecture de l'âme des lieux qu'il traverse. Chaque virage engagé, chaque vallée traversée, chaque montagne dépassée, chaque village aperçu, livrent leur histoire aux passagers sur des écrans multimédia individuels. Une
simple pression sur l'écran et l'information est présentée
au choix au sein d'une encyclopédie multimédia selon un
angle historique, économique, géographique ou encore artistique.
Et si leur humeur le leur dicte, les passagers peuvent préférer
une découverte des régions qu'ils aperçoivent de
leur fenêtre au moyen d'un casque audio où s'y déverse
alors les paroles d'un narrateur. Les contrôleurs qui ont souhaité faire évoluer leur fonction sont devenus hôtes et guides de leur train. En tant qu'hôtes ils veillent au bon déroulement du trajet des voyageurs pour rendre celui-ci le plus agréable possible. En tant que guides ils accompagnent les voyageurs au cœur des savoirs des régions. Grâce à un système électronique le temps alloué au contrôle des billets a été divisé par 15 ce qui leur permet de se consacrer pleinement aux attentes des passagers. En plus de faciliter leur navigation au sein des savoirs, les guides prennent note des anecdotes et des histoires livrées par les passagers eux-mêmes à propos des régions. Une journée par semaine ils sillonnent physiquement les régions pour vérifier et étayer ces informations et pour accumuler d'autres données précieuses et inédites. De retour dans le train, les guides enrichissent l'encyclopédie des régions puis, forts de leurs dernières découvertes, se consacrent à éveiller davantage l'intérêt des passagers pour les régions traversées. Les voyageurs eux-mêmes peuvent alimenter en contenu le savoir à grande vitesse soit depuis le train soit depuis chez eux par le biais d'un site web. Leurs contributions rendues publiques sont préalablement soumises pour la forme à une correction et une modération. Le savoir à grande vitesse est un service entièrement gratuit pour les passagers. Les contenus commerciaux n'apparaissent à l'écran que si le voyageur les sollicite. Le savoir à grande vitesse est le fruit d'une création entre individus et entreprises de différents horizons qui ont pour point commun d'aimer le train et les régions qu'ils traversent. Il donne lieu à des rencontres où utilisateurs du train et professionnels et experts du monde ferroviaire imaginent ensemble des améliorations du service. Il naît d'autre part d'une collaboration entre les entreprises du domaine ferroviaire, et principalement les transporteurs[?], qui acceptent sur ce projet d'oublier leurs rivalités commerciales et de mettre en commun les moyens financiers et les compétences techniques indispensables à la mise sur pied d'un savoir à grande vitesse performant et universel. Les compagnies ferroviaires du monde entier sont invitées à offrir un savoir à grande vitesse à leurs voyageurs. La technologie est offerte aux compagnies qui en font la demande et dès lors que celles-ci acceptent de contribuer au développement du projet selon leurs possibilités financières et leurs compétences technologiques. En plus de transporter des passagers, les trains catalysent désormais tous les savoirs des régions et des pays. Sillonnant jour après jour les territoires, du nord au sud, de l'est à l'ouest, ils mémorisent et diffusent les savoirs, opérant une grande circulation de ceux-ci. Assis confortablement, doucement bercé par le lancinant mouvement des wagons sur les rails, un passager observe de sa vitre la campagne alentour. Il prend conscience qu'aucun autre moyen de transport ne peut lui offrir un tel angle d'observation. Alors qu'il traverse le pays du nord au sud, il assiste à une transformation progressive du paysage, naturelle. Il redécouvre à quel point les régions se touchent et s'imbriquent sans connaître les délimitations que les être humains veulent bien leurs donner. Il n'y a que le train pour le lui rappeler avec une telle évidence. Les yeux remplis de celle-ci, le passager perçoit l'unicité des régions. Les régions n'en sont pas réellement. Il n'y a qu'un seul pays. Il comprend que les différences et les rivalités entre individus, entre régions, n'ont pas lieu d'être. Il rêve alors d'un train sillonnant tous les pays du monde sans restriction, d'un monde unifié où les pays comprennent enfin qu'ils ne font qu'un sur une seule et même planète.
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